Les motards en roue libre: Passion, fric et adrénaline au rendez-vous

Pour certains, ils symbolisent, sur leurs gros engins, la liberté et l’aventure. Pour d’autres, ce sont des exhibitionnistes qui perturbent la circulation. Notre reporter a passé 36 heures avec les membres du moto-club ivoirien NRA.

Cette matinée du samedi 26 février, le soleil est radieux et inonde la ville d’Abidjan. Pas l’ombre d’un orage à l’horizon. Et pourtant, dans une station-service de la commune de Cocody, des grondements de tonnerre se font entendre. Persistant et tonitruant, à mesure que le bruit se rapproche, la chaussée tremble et le feuillage des arbres aux alentours frémit. Soudain, déboule d’un virage, à califourchon sur de grosses cylindrées aux couvercles de carter chromés et tuyaux d’échappement en acier poli, des hommes casqués, visages fermés par des lunettes fumées et par des bandanas. Une bonne quinzaine de motards en tout. Le cortège, inhabituel, est impressionnant.

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Les engins ont pour noms Harley-Davidson, Yamaha, BMW…

Quand ils descendent de leurs bolides, on peut voir leurs dégaines de loubards, jeans sombres, bottines et gants de cuir, blousons frappés d’une tête de motard et deux clés à molette qui forment une croix. Ils viennent de faire leur entrée sur une scène où, à défaut de les voir, on les entendra. Très fortement. Le spectacle a tout d’un tournage de fi lm américain. Que nenni ! Ici, les acteurs qui ne jouent pas seuls, pardon, qui ne roulent jamais seuls sont des membres de la Never Ride Alone ou plus simplement NRA, club de motards, et ils ont rendez-vous en ces lieux. Pour le grand rassemblement avant le départ pour Yamoussoukro. Debout devant leurs motos de marques Harley-Davidson, Yamaha, BMW…, ils discutent. L’ambiance est bon enfant. Taquineries et rires bruyants ponctuent la séance de briefing d’avant le voyage.

Les membres du club constituent une seconde famille pour moi. Faisant partie des vétérans, je partage mon expérience de la conduite avec les jeunes. L’entente, le respect et la solidarité qui règnent au sein du groupe font que chaque membre se sent en famille

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Sécurité maximale.

Trente minutes plus tard, le plein de carburant fait, toute l’équipée joyeuse est fin prête. Il est 9 heures 45 minutes, le top départ est donné. Les bras sur les large guidons de leurs imposantes motos, ils se rangent en fi le puis démarrent aussi bruyamment qu’ils sont arrivés.
Tous les mois, les membres du club NRA effectuent une virée dans une localité du pays. Le mois d’avant, ils ont fait le voyage jusque dans la ville de Tiassalé. L’année dernière, ce sont les communes de Touba, Assinie, Abengourou, Man… que ces aventuriers ont visitées.
Cette fois-ci, le périple les conduira dans la capitale politique de la Côte d’Ivoire. Précédée par un véhicule de type Pick-up, celui de Koffi , leur mécanicien, la bande motorisée se lance sur l’autoroute en direction de Yamoussoukro. Sahly Samer et Nobou Jean-Francis, chargés de sécurité du groupe, portent des chasubles fluorescentes et veillent au grain. Par de grands gestes, le duo demande aux véhicules de céder le passage et fait en sorte que les automobilistes s’abstiennent des dépassements hasardeux qui pourraient causer un accident.
Face à ce cortège un peu spécial, des badauds filment avec leurs téléphones le passage des deux roues vrombissantes et des automobilistes enjoués klaxonnent, ajoutant leurs sons au brouhaha ambiant. La circulation est fluide. 

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Mais, le  cortège ne prend aucun risque et avance à une allure normale. Il lui faudra trente minutes pour atteindre la station à péage d’Attinguié, le premier sur l’autoroute menant au nord du pays. Tout se passe correctement. Les motards avancent sans encombre. Après 10 minutes, c’est la première pause à Zianouan, gros village qui borde l’autoroute du Nord. Les membres de la NRA descendent de leurs motos pour se dégourdir les jambes, boire un peu d’eau et refaire le plein de carburant. Un attroupement se forme autour d’eux. Effrayés, certains enfants s’agrippent aux jambes de leurs pères, quand d’autres, au contraire, frétillent de joie et applaudissent. Tout le monde veut voir et toucher pour de vrai ces engins qu’ils ont vus à la télé dans les documentaires ou dans les films américains. «Quand je serai grand, je ferai comme eux », s’exclame un gamin, les étoiles dans les yeux. 

Après une bonne vingtaine de minutes d’arrêt, les motards reprennent la route. À midi et demi, il ne reste plus que 4 kilomètres pour atteindre l’entrée de Yamoussoukro. Mais plutôt que d’aller tout droit, le cortège bifurque pour se retrouver sur un terrain vague aménagé par des restaurateurs. Un tel trajet, ça creuse. La bande gare à proximité des stands de nourriture. Les senteurs des grillades se mêlent à celle des pots d’échappement des motos dans une sorte de symphonie auditive et olfactive que vient parachever le feulement des moteurs. Plus qu’un simple déjeuner, le groupe fait un festin et honore avec grand appétit les mets proposés. La pause gourmande durera un peu plus d’une heure et demie. Nouveaux membres Avant de reprendre la route, deux «prospects», c’est-à-dire des postulants à intégrer le club NRA reçoivent leurs attributs : le T-shirt du club et un autocollant à mettre sur le blouson. Après une période probatoire de six mois pour l’un et d’une année pour l’autre, ils sont admis à faire officiellement partie du sélect club. 

Diaby Issouf, passionné de moto depuis ses années collège, cache mal son émotion. « Je suis à la fois heureux et fi er d’appartenir à cette famille. Depuis un an j’attendais ce moment», lâche-t-il, ému, pendant que tout le groupe lui adresse des félicitations. Après cette cérémonie improvisée de baptême des nouveaux, l’équipée entre enfi n et de façon spectaculaire dans la ville. Attirés par les décibels des motos, des groupes de curieux se forment sur le trottoir tandis que le groupe se dirige tout droit vers la place Jean-Paul ll. Non loin de là, habite le petit Léo, 14 ans, élève en classe de troisième. Handicapé moteur, il est le fi lleul du club. La rencontre entre les membres de la NRA et le gamin remonte à deux ans en arrière. « À la faveur d’un ride dans la ville de Yamoussoukro, pendant que nous passions, nous l’avons vu au bord de la route, assis sur son siège roulant, nous regardant avec admiration.

Nous avons rebroussé chemin pour discuter avec lui. Et on a cherché à rencontrer sa famille. Depuis, il est comme notre fils. Toutes les fois que nous venons à Yamoussoukro, on passe le saluer», explique Samba Diallo, président du club NRA.

Derrière leurs carapaces de gros durs, se cachent des hommes au coeur tendre qui mènent régulièrement et discrètement des actions caritatives en faveur des couches défavorisées. Notamment la réfection de la cantine de l’école primaire d’Akandjé dans la commune de Bingerville, des dons de kits scolaires à l’école primaire du village de Kouassi- Datékro, des dons en vivres et non-vivres à l’orphelinat Don Bosco de Treichville, etc.

 

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Après une heure chez le petit Léo à qui il a été offert un blouson du club et d’autres présents, le groupe rejoint enfin l’hôtel sous les vivats des habitants qui, impressionnés, ont formé une haie d’honneur de part et d’autre de la route.

Une famille soudée

Après plusieurs heures de repos, la bande sort pour une promenade nocturne et pour dîner dans un restaurant.

La chaleur écrasante de la journée s’est dissipée et un vent frais souffle sur la ville de Yamoussoukro. Une fête surprise est organisée en l’honneur de Fardon Jihad qui souffle sa 64e bougie ce jour-là. Pratiquant de moto depuis 1974, ce fringant sexagénaire à la barbe fournie et aux tatouages aussi visibles que ses biceps est le deuxième vétéran du groupe. 

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«Les membres du club constituent une seconde famille pour moi. Faisant partie des vétérans, je partage mon expérience de la conduite avec les jeunes. L’entente, le respect et la solidarité qui règnent au sein du groupe font que chaque membre se sent en famille», glisse-t-il.

La soirée va s’étendre jusque tard dans la nuit. Le lendemain, les motards vont faire un tour sur le circuit du rallye Bandaman qui se termine ce jour-là. Un membre du club est de la course. Par leur présence, ils entendent lui manifester leur soutien. Après une parade d’une heure dans la ville et un déjeuner, c’est le départ pour Abidjan.

Un retour difficile

Il est 14 heures quand la procession vrombissante s’étale sur les grandes artères de Yamoussoukro en direction d’Abidjan. Après une quinzaine de minutes de route, une fine pluie arrose l’autoroute obligeant le groupe à ralentir. Quelques kilomètres plus loin, une voiture fait une sortie de route et se retrouve dans un ravin. Tout de suite, les membres de la NRA garent leurs motos pour prêter main forte à l’automobiliste qui s’en tire avec de légères blessures. La solidarité de ces routiers se manifeste envers tous les usagers de la route : motards, automobilistes, cyclistes, piétons… Cette halte durera une bonne demi-heure. Et lorsqu’ils reprennent la route, un souci technique sur la Harley-Davidson du NRA Karim Coulibaly les contraint à s’arrêter de nouveau. Le diagnostic de Koffi, le mécanicien, est sans appel : la panne ne peut pas être réparée sur place. C’est donc à l’arrière du Pick-up conduit par Koffi que Karim terminera le trajet. Un peu frustré, il fait contre mauvaise fortune bon coeur.

«Dans la voiture, je serai à l’abri de la pluie», se console-t-il avec un sourire. Pas très loin de la station à péage de Singrobo, le trafic routier est dense comme toutes les fins de week-end. Les longues files de voitures qui roulent lentement commencent à agacer le groupe qui accélère et décélère au rythme de l’embouteillage. Après cette étape, la circulation redevient fluide. Et quand le cortège arrive enfin à Abidjan, la nuit a commencé à tomber sur la ville. Il est 18 heures. Il a fallu à nos NRA, 4 heures pour parcourir les 233 kilomètres qui séparent Yamoussoukro d’Abidjan.

Moto, Dada et balades, dans l’univers des motards ivoiriens.

Dégaines de loubards, grosses mécaniques pétaradantes, casques de protection flamboyants, lunettes fumées, blousons sérigraphiés des noms et symboles de leurs clubs, blue jeans, bottines et gants de cuir lustrés. À les voir, on se croirait à un road trip sur les énormes voies asphaltées du Texas, de New York ou de San Diego. Que nenni, nous sommes bien à Yamoussoukro capitale de la République de  Côte d‘Ivoire.

 

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